L’hyperpersonnalisation du MoDem
Extrait de l’entretien de F. Bayrou avec Mediapart
Si on en vient au MoDem, le reproche qui vous est fait est de ne pas avoir réussi à structurer et à faire grossir ce parti. Où en êtes-vous?
Le Mouvement démocrate, avec toutes ses difficultés, a été et est un moment crucial de l’Histoire du centre en France. C’est la première fois qu’il y a un centre indépendant. Bien sûr, les élections intermédiaires n’ont pas été faciles parce que nous avons refusé de nous soumettre à l’alliance obligatoire des deux grandes coalitions. Mais notre existence et notre liberté de parole ont apporté la preuve que le centre pouvait être indépendant. Si aujourd’hui, j’apparais comme le seul candidat crédible au centre, c’est parce que nous avons choisi cette indépendance. Cela compense les difficultés. Et derrière tout cela, ce qui se prépare, c’est un rassemblement pour l’avenir.
Maintenant que vous avez prouvé votre indépendance, vous allez pouvoir avoir une stratégie différente: c’est ce que disent beaucoup de vos militants et qu’ils espèrent.
Disons ceux des militants que vous avez rencontrés…
Un bon tiers des responsables départementaux, en tout cas ceux qui ont répondu à notre demande d’entretien.
Excusez-moi de vous dire que vous ne connaissez pas les militants du MoDem, car les militants du MoDem s’expriment dans des congrès assez clairement. Disons donc que ceux des militants que vous avez rencontrés espèrent, en effet, que nous allons sortir de notre isolement, et ce sera bien le cas.
A l’échelle locale, ces militants qui défendent les idées du MoDem, ont des difficultés à peser car aux élections locales vous avez eu peu d’élus. Quelle serait une autre stratégie?
L’indépendance était le creuset et la condition du rassemblement. Grâce à notre équipe, notamment à Marc Fesneau, notre secrétaire général, notre organisation a surmonté la plupart des difficultés d’un parti nouveau. Le combat que nous allons vivre va lui permettre de s’exprimer dans le cadre du rassemblement qui se mettra en place.
Monsieur Bayrou, vous êtes conscient que l’hyperpersonnalisation peut avoir des avantages mais aussi des handicaps. Vous ne pouvez pas nier ce choix fait.
Je ne le nie pas et j’en suis très fier. Si je n’avais pas été là, l’idée d’un centre indépendant était morte en France. S’il faut de la personnalisation pour résister, acceptons la chance de la personnalisation. Mais l’équipe qui m’entoure et n’a jamais lâché est formidable, humainement et politiquement.
On voit des personnalités, comme Jean Peyrelevade, qui se sont éloignées…
Jean Peyrelevade est toujours aussi proche de moi. S’il s’est éloigné de l’action militante, c’est parce qu’il n’a pas pu être élu comme lui et moi en avions le projet. Il a donc repris son métier, dans les affaires. Personne n’est parti des gens qui ont partagé la vérité du combat. C’est une des équipes les plus soudées, solides de la vie politique française.
Est-ce que vous voyez les nombreuses chapelles du centre-droit vous rejoindre?
Oui, beaucoup d’entre eux viennent me voir.
L’idée, c’est de reconstituer l’UDF?
Il n’y aura pas de retour à une époque qui avait ses avantages mais qui est révolue. Nous avons choisi une autre dynamique que celle de l’UDF parce que l’UDF avait fini, dans la tête des Français, par devenir « UDF-RPR ». Rien d’autre qu’une partie de la droite. Or, ma certitude depuis des années, c’est que le centre doit s’assumer en tant que tel.
Le pays n’a pas besoin d’une deuxième droite, mais d’un centre, lucide et novateur, qui ne passerait pas son temps à rechercher la protection et le parrainage de son puissant voisin. Et beaucoup de ceux qui, au début, n’ont pas compris notre démarche, avec qui nous avons eu des oppositions parfois brûlantes, commencent à mesurer qu’au bout du compte, la tutelle de la puissante UMP les a privés de toute légitimité. Ils savent, même si beaucoup ne le disent pas encore, que nous allons devoir nous rassembler pour affronter les étapes cruciales.



Poster un commentaire