Osons le débat par Jacques JEANTEUR
Le discours du candidat Nicolas Sarkozy à Toulon devant un parterre de militants UMP et celui d’Angela Merkel devant le parlement Allemand à Berlin ont suscité beaucoup de réactions et de commentaires. Eliminons les réactions indignes et scandaleuses de Marine Le Pen et Arnaud Montebourg et essayons de regarder quelle Europe nous est proposée et quelle Europe nous voulons.
Une nouvelle fois Nicolas Sarkozy a voulu dire la vérité aux Français pour conjurer la peur qu’il dit être revenue : « Cette peur porte un nom : c’est la peur pour la France de perdre la maîtrise de son destin. La seule façon de conjurer cette peur c’est de dire la vérité. La vérité que la crise n’est pas finie et qu’il ne peut pas y avoir de projet politique qui ne procède d’un diagnostic de la crise et de son ampleur. Nier la crise, c’est s’interdire toute perspective d’avenir. » Je me dis à ce stade qu’il est vraiment dommage que le Président ait attendu aussi longtemps pour reconnaître ce que François Fillon disait en septembre 2007, à savoir qu’il était à la tête d’un Etat en faillite. Mais, ce qui m’interpelle le plus, au-delà des éternelles leçons données aux autres dans un déni constant de ses erreurs, c’est sa vision de l’Europe. Au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a voulu se rapprocher de l’Angleterre et de l’Amérique de Georges Bush. L’avenir était dans le libéralisme débridé, les cadeaux aux plus favorisés et le mépris des plus défavorisés. L’Allemagne n’était pas un modèle. Ses relations avec Angela Merkel n’étaient pas bonnes et il ne défendait pas le pacte de stabilité. Et puis, depuis la crise, l’Allemagne redevient subitement le modèle. Il faut dire que la gauche n’a pas été en reste sur le laxisme des dépenses publiques et qu’elle a toujours récusé les comparaisons avec l’Allemagne au niveau du temps de travail, de la retraite ou des salaires. Elle n’a jamais fait référence au courage du socialiste Gerhard Schröder, auteur de l’agenda 2010, qui a permis, dès 2003, à l’Allemagne de faire les grandes réformes sociales et de réduire son endettement. Celui-ci a pris position dans « Le Monde », pour une Europe fédérale : « Dans la situation actuelle, il nous faut lutter contre les tendances à le renationalisation pour ériger un véritable gouvernement économique au sein de la zone euro, avec la création d’euro-obligations. Ces transferts de souveraineté nationale doivent s’accompagner de nouveaux pouvoirs pour le Parlement européen et d’une coordination accrue des politiques économiques, avec un rôle central joué par la commission européenne. ».
Dans son discours de Toulon, Nicolas Sarkozy prône un rapprochement très fort avec l’Allemagne, tout en défendant la notion de souveraineté et en ne parlant pratiquement pas des autres partenaires européens. Cela donne l’impression d’une gouvernance de l’Europe à deux, avec la France soumise aux choix de l’Allemagne. Il a dit : « La France et l’Allemagne ont fait le choix de la convergence. Je ne reviendrai pas sur ce choix… L’Europe n’est plus un choix. Elle est une nécessité. Mais la crise a révélé ses faiblesses et ses contradictions. L’Europe doit être repensée. Elle doit être refondée. » Je suis d’accord avec la nécessité de refonder l’Europe, si cela va vers plus de fédéralisme, et donc vers des abandons de souveraineté. Cela ne semble ni la volonté de l’UMP ni celle du PS. Les porte-paroles de François Hollande et du PS ont accusé Nicolas Sarkozy d’abandonner « un pan fondamental de la souveraineté de la France et de céder aux injonctions de Berlin en faveur d’un nouveau traité européen et de l’adoption de la règle d’or budgétaire ». J’ai déjà dit qu’en refusant cette règle d’or, demandé à tous les pays de la zone euro, les socialistes étaient irresponsables, et faisaient courir à la France une perte de confiance des investisseurs. De son côté, le Président plaide pour la vieille Europe des nations, qui n’est clairement pas l’Europe pour laquelle je milite. Il a dit à Toulon : « La refondation de l’Europe, ce n’est pas la marche vers plus de supranationalité…C’est par l’intergouvernemental que passera l’intégration européenne, parce que l’Europe va devoir faire des choix stratégiques, des choix politiques. » Comme Angela Merkel, il plaide pour un nouveau traité, mais il semble qu’il n’y ait pas d’accord entre eux sur le contenu. Robert Rochefort, eurodéputé et vice-président du Modem, cosigne dans « Le Monde », avec Stephane Cossé, membre du comité d’orientation d’Europa Nova, une tribune. Il est notamment favorable à un transfert d’une partie de notre souveraineté dans un cadre européen : « Elles (les propositions d’Angela Merkel) sont en cohérence avec ce que devrait être un véritable fédéralisme fiscal, pilier incontournable de l’union monétaire. A ce titre, il est dans la logique des choses que les instances européennes soient dotées d’un super commissaire européen, ministre de l’économie et des finances, capable de dire non à une loi de finances nationale qui remette en cause les orientations budgétaires communes européennes. Rien de choquant non plus à ce que ce ministre ait le pouvoir de faire appel à la cour européenne de justice en cas de conflit avec un Etat membre. Ce ministre pourrait gérer une agence européenne de la dette qui émettrait des émissions mutualisées au sein de la zone (on peut penser que l’Allemagne acceptera cette solution sur la base de ce nouveau dispositif institutionnel). Bien entendu, c’est fondamental, il est essentiel que ce dispositif se fasse dans un cadre démocratique, qui apporte la légitimité et la lisibilité. »
Sur le volet européen du discours de Toulon, François Bayrou parle de « renoncement à tous les principes de la construction européenne…Ce que Nicolas Sarkozy annonce, c’est en toutes lettres la fin de l’Europe communautaire, celle où les pays sont dans une démarche coopérative et participent tous ensemble à la marche en avant de l’Union, celle aussi où des institutions sont en charge de défendre l’intérêt général européen en dialogue avec les légitimes intérêts nationaux…Nicolas Sarkozy dit deux choses extrêmement lourdes pour l’avenir. Il affirme que, désormais, l’intergouvernemental, et même l’intergouvernemental à deux, (France et Allemagne) va être le principe d’intégration de l’Europe…Il dit aussi que nous ne ferons plus ce que nous avons fait pour la Grèce ; mais alors, pourquoi l’avons-nous fait ? » Voila donc des éléments qui permettent d’ouvrir le débat franc, démocratique et respectueux. Je remercie tous ceux qui m’enrichissent de leurs contributions et réactions.
Jacques JEANTEUR
Mouvement Démocrate



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