Instruire, par Jacques JEANTEUR
Le projet présidentiel deFrançois Bayrous’articule autour de trois verbes : Produire, Instruire et Reconstruire. La deuxième journée de réflexion sur l’agenda 2020, qui a regroupé plus de cent contributeurs, a permis àFrançois Bayroude donner sa vision claire et complète de l’école et de proposer 30 orientations très concrètes. Voici les passages qui m’ont semblé résumer le mieux cette vision, que je partage et défends depuis de nombreuses années :
L’école c’est la république et c’est, pour ceux qui ont un souci des valeurs qui sont les nôtres, le projet humaniste par excellence.
Ce qui est en jeu, c’est l’épanouissement de chacun, non seulement l’épanouissement de l’esprit, mais l’épanouissement de tout l’être et de tous les êtres.
Je suis pour la diffusion de la culture générale pour que chaque élève dispose, dans le monde complexe qui est le nôtre, de la boussole nécessaire pour se retrouver dans la prolifération des informations et former son propre jugement.
Je suis pour une école qui hausse son niveau d’exigence, et qui met ainsi au service de ceux à qui leur milieu social ne peut pas apporter le bagage culturel nécessaire, la compréhension du monde et ouvre à la reconnaissance.
Je suis pour une société qui s’affirme solidaire avec ses enseignants et non pas qui instruit perpétuellement le procès de ses enseignants.
Les parents attendent que les enfants apprennent quelque chose de solide, reçoivent les bases pour former leur jugement et leur culture, construisent leur comportement, rencontrent harmonieusement les élèves de leur âge.
L’investissement dans l’école, dans la formation, dans l’éducation, dans la recherche, c’est le meilleur investissement pour la nation. C’est pourquoi je veux prendre devant vous un engagement pour les cinq années à venir : je garantirai le maintien des moyens existants.
Il n’est d’apprentissage qu’actif et le « copier-coller » est de nul effet, ne sédimente pas un savoir, de même que le calcul, conduit avec les innombrables modèles de calculettes, fait certes gagner du temps, mais je crois, que le calcul mental est le seul qui offre l’autonomie, les ordres de grandeur, le jugement et je soutiens que le calcul mental est un art civique.
L’école, ce n’est pas, à mes yeux, la compétition perpétuelle entre élèves. C’est une dérive et je la désapprouve. Ce n’est pas la compétition perpétuelle entre enseignants sanctionnés par des récompenses ou, au contraire, des pénalités financières.
La clef première de la réussite de l’égalité des chances à l’école comme dans la vie, c’est la langue.
Ces affirmations, avec lesquelles on a le droit d’être d’accord ou en désaccord, doivent être mises au point et tranchées par un grand travail de recherche pédagogique qui sera développé à partir des réussites identifiées et repérées auxquelles tous les enseignants auront accès.
Les 30 orientations peuvent être lues sur le site www.bayrou.fr. Elles traitent de la formation des maîtres, des rythmes scolaires, de la notation des enseignants, de la famille, du respect entre élèves et enseignants, des méthodes pédagogiques, de l’orientation, d’un grand plan santé pour prévenir des addictions, de l’enseignement professionnel et des liens avec les entreprises. J’en ai retenu deux qui sont prioritaires pour moi et pour lesquelles je me suis battu, sans beaucoup de résultats, pendant mes 18 années en charge de la formation professionnelle et de l’apprentissage, à savoir que les efforts portent sur le primaire pour éviter de recvoir ensuite des publics plus âgés n’ayant pas acquis les fondamentaux.
D’abord les bases et les bases d’abord. Il n’est aucune chance de réussite pour un élève qui n’a pas la maîtrise des fondamentaux. Je proposerai que, tant que cela est nécessaire, 50% du temps scolaire à l’école primaire soit consacré à la maîtrise de l’écrit qu’on dit actif et passif, et à la langue française en sa beauté à découvrir, en ce qu’elle peut exprimer de nuances, de richesses, en son vocabulaire. C’est un bagage pour la vie.
Aucun élève ne doit entrer au collège sans qu’il soit garanti qu’il maîtrise la lecture et l’écriture. S’il est en défaut, une pédagogie adaptée doit lui permettre de reconstruire son rapport à l’écrit, car le but n’est pas d’exclure, mais d’intégrer les élèves qui, autrement, seront perdus tout au long de leur scolarité.
Ces propositions se font à budget constant pour ne pas alourdir la dette. Mais, réussir à élever le niveau de nos enfants, c’est réduire la dette de demain et leur donner les atouts pour s’insérer dans la vie professionnelle et sociale. Pour moi, la pauvreté la plus difficile à éradiquer est la misère culturelle, car elle est un véritable ghetto duquel il est quasiment impossible de sortir, sans redonner les fondamentaux. Le souci de tout être humain doit être de transmettre. Une génération ne peut récolter que ce que les précédentes ont semé. Nous sommes donc responsables de ce que nous transmettons, en prenant conscience de ce que nous avons reçu. François Bayroua repris cette phrase de Charles Peguy : « Une société qui ne transmet pas est une société qui ne s’aime pas. »



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