La Palestine, par Jacques Jeanteur
Le 23 septembre, Mahmoud Abbas, président de l’autorité palestinienne, a déposé à l’ONU une demande officielle de reconnaissance de l’Etat de Palestine. Cette démarche a soulevé de nombreux espoirs et de nombreuses craintes. Il a été ovationné par l’immense majorité des pays, mais les grandes puissances ont montré moins d’enthousiasme. Le quartette composé des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Russie et de l’ONU a aussitôt proposé un plan destiné à reprendre les négociations, avec un calendrier précis : aboutir à un accord final, fin 2012. Ce n’est pas le premier calendrier donné !
La résolution 181 de 1947 recommandait déjà le partage de la Palestine, en un Etat juif, un Etat arabe, et avec la zone de Jérusalem sous régime international particulier. 64 ans se sont écoulés et les palestiniens n’ont toujours pas leur Etat et une grande partie de leurs territoires sont occupés. Depuis la visite de Benoit XVI en mai 2009 et la signature d’un accord en 2000, le Vatican reconnaît l’autorité palestinienne et entretient des relations avec elle. Son représentant à l’ONU a notamment déclaré : « Le saint Siège est convaincu que, si on veut la paix, il faut savoir adopter des décisions courageuses. » Il a souhaité que : « les organes compétents des Nations Unies prennent une détermination qui aide à mettre en œuvre effectivement l’objectif final, c’est-à-dire la réalisation du droit des Palestiniens à avoir leur propre Etat indépendant et souverain et du droit des Israéliens à la sécurité, les deux Etats étant munis de frontières reconnues internationalement. »
En fait, la requête tout à fait justifiée de Mahmoud Abbas butte sur le probable veto américain au Conseil de sécurité. Barack Obama a fait volte face. Dans son très beau discours du Caire le 5 juin 2009, il déclarait : « La seule solution pour répondre aux aspirations des deux côtés passe par deux Etats, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun en paix et en sécurité. » L’année dernière, devant les Nations Unies, il déclarait encore : « Nous pouvons revenir l’année prochaine avec un accord qui amènera un nouvel Etat membre aux Nations Unies, un Etat palestinien indépendant et souverain, qui vive en paix avec Israël ». En fait, le Président américain est contraint par sa situation intérieure, et en vue de sa réélection en 2012, de donner des gages à la puissante diaspora juive américaine. Comme l’écrit « Le Monde » : Sur le plan extérieur, un veto mettrait l’administration Obama en porte-à-faux par rapport aux valeurs que le Président estime défendre dans la région. Mais, sur le plan intérieur, ce ne serait pas si catastrophique. De la même façon que l’élimination d’Oussama Ben Laden a permis de mettre au rebut l’image d’un Obama jugé faible dans la lutte antiterroriste, le veto aux demandes palestiniennes permettrait de contrer la narration républicaine d’un Président non pro-israélien. » Dans un article du quotidien israélien Ha’Aretz, (publié dans Courrier International), on peut lire l’analyse suivante : « Ce n’est pas l’argent juif qui a fait changer Obama de ton. Contrairement à ce qui se passe à Tel-Aviv, à Washington on a réévalué la situation et on est arrivé à la conclusion que, malgré le printemps arabe, voire à cause de lui, on ne pouvait compter sur aucun allié musulman au Moyen Orient. »Dans ce même quotidien, Gideon Levy, chroniquer de gauche parle de l’impasse dans la quelle est son pays ; Il écrit : « Israël a proclamé pendant des années que le seul obstacle à la paix avec les Palestiniens était Yasser Arafat. Il est mort en 2004, et il ne s’est rien passé. Israël a proclamé qu’une solution se dégagerait si le terrorisme cessait. Le terrorisme a cessé, et une fois encore, rien. Les prétextes sont devenus de plus en plus vides et la vérité brute est apparue de plus en plus clairement : Israël ne veut pas d’un accord de paix comprenant la création d’un Etat palestinien. »
La force de Mahmoud Abbas est qu’il ne cherche pas à garder son poste à tout prix. Sa légitimité vient de son honnêteté et de sa fidélité à ses engagements. Mais, on peut toujours craindre que, poussés par le printemps arabe et par les manifestations des indignés à travers le monde, des milliers de jeunes palestiniens, qui ont grandi sous l’occupation israélienne, prennent d’assaut les postes de contrôle entre Israël et la Cisjordanie. Dans ce cas, l’armée israélienne serait amenée à tirer, et nous entrerions dans une phase terrible de violences qui viendrait encore aggraver la crise financière mondiale. Il est donc urgent que le pouvoir israélien revienne à la raison et cesse toute poursuite de colonisation. Il est urgent que Barack Obama retrouve le courage qui a été le sien en début de mandat, et que l’Europe, bien qu’ empêtrée dans sa crise financière et morale, apporte un soutien net à la création d’un Etat palestinien, comme cela est prévu depuis 1947. Ce ne sont pas les lobbies de l’argent, des banques, de la diaspora juive, des multinationales, ou des pays aux ressources énergétiques immenses, qui doivent dicter la loi aux peuples. Les droits de l’homme doivent s’appliquer sur toute la planète. Le troisième considérant de la déclaration universelle doit notamment s’appliquer : « Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit, pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression. » Les palestiniens sont clairement victimes de l’oppression israélienne. L’ensemble des nations doit donc faire front pour reconnaître enfin l’existence d’un Etat Palestinien de plein droit et de pleine souveraineté, respectueux de la sécurité et de la souveraineté de l’Etat israélien voisin.
Jacques JEANTEUR
Mouvement Démocrate



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